Le Devoir (Quebec / Canada) - Sentimental Streak review

Le Devoir March 28, 2008

Jazz-blue - Sentimental Streak, Catherine Russell, World Village

On peut parler d'hérédité favorable: le père de Catherine Russell a été directeur musical pour Louis Armstrong, sa mère a été contrebassiste pour une pléiade de jazzmans. Il y a d'ailleurs une photo dans le livret où on voit la future chanteuse dans les bras de Satchmo. Elle a quatre ans. Elle fait la moue. Mais c'est de la frime: elle était déjà bien dans son élément. La source de ce qu'elle fait aujourd'hui remonte à ces années, à ce copinage inné avec le jazz, le blues et La Nouvelle-Orléans. D'où cette maîtrise exceptionnelle du swing, d'un chant qui a de l'âme plein les notes, d'un phrasé fluide aux contours ensoleillés. Voix parfaite pour le genre: grain riche (pas si loin d'Abbey Lincoln), texture, élasticité, tout coule de source. Un truc viscéral. Le répertoire pige donc à droite et à gauche dans des classiques autrefois visités par Armstrong, Willie Dixon, Ella, Alberta Hunter (deux bijoux) et Bessie Smith. Rien de nouveau, d'accord, mais il y a la façon, ces odeurs du Sud américain, ce bourbon à siroter et cette réalisation de Larry Campbell (Bob Dylan) en parfaite harmonie. - Guillaume Bourgault-Côté